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Discours de Patrick Kanner - Voeux aux forces vives de la Ville, de la Jeunesse et des Sports
#Discours | 26/01/2016
Discours de Patrick Kanner - Voeux aux forces vives de la Ville, de la Jeunesse et des Sports

— Seul le prononcé fait foi —

Mesdames, Messieurs les députés et les sénateurs,
Mesdames, Messieurs les maires et leurs adjoints,
Madame la Présidente du mouvement associatif, Chère Nadia,
Monsieur le Président du CNAJEP, Cher Daniel,
Monsieur le Président du CNOSF, Cher Denis,
Monsieur le Président d’Ambition Olympique, Cher Bernard,
Mesdames, Messieurs,

Je ne suis pas sûr que l’on regrette beaucoup l’année 2015… Deux séries d’attentats d’une violence inouïe, inédite.

2015 a été une année douloureuse pour les Français et particulièrement pour ceux qui ont les valeurs républicaines chevillées au corps.

Pour reprendre les très beaux mots du Président de la République aux Invalides, le 27 novembre 2015 : après avoir enterré nos morts, il faudra réparer les vivants.

En même temps, face à l’horreur du terrorisme, face à la montée inquiétante de l’extrême-droite, il est des raisons d’espérer.

Les Français se sont rassemblés nombreux en janvier 2015 pour manifester leur attachement à la liberté.

Ils n’ont pas cédé aux stigmatisations haineuses. Il y a pu avoir des tensions ici ou là, mais les Français sont restés dignes dans l’épreuve.

Et sur le terrain politique, quand l’extrême-droite a été en passe de l’emporter, ils se sont mobilisés, comme ils s’étaient mobilisés en 2002, pour dire : « non ».

Il ne s’agit pas de nier les difficultés, de détourner le regard d’évolutions ô combien préoccupantes. Au contraire. Nous devons relever les défis qui sont devant nous, mais avec la conscience que nous en sommes capables. J’estime que ces défis sont au nombre de trois.

Premier défi : le défi social. Il est le défi historique de la famille politique à laquelle j’appartiens et dont je revendique fièrement l’appartenance. Les victoires obtenues à chaque époque n’ont pas épuisé le besoin de justice.

Depuis plusieurs années, la pauvreté gagne du terrain dans la jeunesse. Le chômage des moins de 25 sape l’idée de progrès, c’est-à-dire l’idée selon laquelle chaque génération vit mieux que la précédente.

En 2015, une politique massive de soutien à l’emploi a permis de faire baisser de 25 000 le nombre de jeunes chômeurs. Mais l’ampleur du phénomène nous oblige à faire mieux encore en 2016.

Si les bonnes prévisions économiques se confirment, les jeunes en profiteront, c’est certain. Mais pour ceux qui sont particulièrement démunis en termes de diplômes, d’expérience, de réseau, l’intervention de la puissance publique reste nécessaire.

Nous travaillons donc à proposer 150 000 solutions de formation ou d’insertion aux 150 000 jeunes décrocheurs.

Par ailleurs, je tenais à préciser l’annonce faite par le Président de la République il y a quelques jours, concernant l’aide à l’embauche dans les entreprises de moins de 250 salariés, à savoir une prime de 2000€ par emploi créé : cette prime vaudra aussi pour les associations.

C’est une bonne nouvelle pour la vie associative et c’est une bonne nouvelle pour les jeunes qui montrent un intérêt certain pour travailler dans l’économie sociale et solidaire, et tout particulièrement dans les associations.

Je me réjouis aussi que, depuis le 1er janvier, une nouvelle aide aux travailleurs modestes ait vu le jour et qu’elle concerne les jeunes dès 18 ans.

La prime d’activité va apporter un complément de revenu de l’ordre de 130€ pour une personne seule à des gens qui en ont bien besoin. Faites-le savoir autour de vous : il faut que toutes les personnes, quel que soit leur statut, qui gagnent environ le SMIC se rapprochent de leur CAF pour bénéficier de cette aide.

Le défi social, c’est aussi de mettre fin à la logique de ghetto. Aujourd’hui les inégalités territoriales sont criantes. Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, le chômage est souvent le triple de la moyenne nationale.

Contre la ghettoïsation, nous devons mener une action déterminée de mixité sociale. Cette mixité passe prioritairement par le logement et pour cela, nous disposons d’un outil : c’est la loi SRU qui impose la construction de logements sociaux dans toutes les communes.

Trop d’élus se sont mis en faute par rapport à cette obligation. Alors depuis plusieurs mois, je fais le tour de France des communes qui présentent les carences les plus importantes et les moins justifiées en logements sociaux pour convaincre les élus d’agir, et pour donner les moyens aux Préfets d’intervenir le cas échéant.

Contre la ghettoïsation, nous avons lancé un nouveau programme de renouvellement urbain. 20 milliards de travaux pour changer le visage des quartiers, embellir, rénover, dé-densifier, apporter les équipements manquants. Je veux voir les grues se multiplier en 2016. Nous avons pris des décisions importantes, mis des moyens, mobiliser les acteurs ; l’encre doit maintenant laisser la place au béton.

De la même manière, nous avons désormais signé l’ensemble des contrats de ville. 435 contrats qui associent l’Etat, les collectivités locales à l’échelle intercommunale, et les principaux acteurs de la politique de la ville autour d’engagements communs. 2016 sera l’année de mise en œuvre de ces engagements.

Ceux-là reposent sur trois piliers : la cohésion sociale, le renouvellement urbain et le développement économique.

Cette dernière dimension a été trop négligée par le passé. Or, nous ne mettrons fin à la ghettoïsation que si les territoires concernés développent leur potentiel économique.

Il ne se s’agit pas d’attirer des entreprises qui se moquent du territoire, mais de miser sur les forces en présence. Elles sont nombreuses.

Dans les quartiers prioritaires, on crée deux fois plus d’entreprises qu’ailleurs. Mais on en ferme aussi deux fois plus.

Nous mettons donc des moyens pour accompagner cet appétit d’entreprendre et faire en sorte qu’il débouche sur des activités pérennes. C’est notamment l’objet de l’agence France entrepreneurs qui a vu le jour fin 2015.

Le défi social, c’est enfin de lutter contre les nouvelles formes de l’injustice. L’une de celles-ci est la discrimination.

La discrimination est le nom que l’on a donné aux inégalités fondées sur l’origine. La couleur de peau, la consonance du nom, sont des éléments de votre identité qui peuvent vous coûter cher : les noms et les visages qui évoquent l’Afrique ont 6 fois moins de chance de trouver un travail.

Le Gouvernement finance un testing de grande ampleur pour dévoiler ces inégalités de traitement dans le domaine de l’emploi. Le Premier Ministre lui-même recevra les entreprises testées à l’issue de la démarche.

Nous allons en outre renforcer la loi dans ce domaine de la lutte contre les discriminations. Ce sera l’un des volets de la loi qui sera présentée au conseil des Ministre mi-mars.

Deuxième défi : le défi démocratique. La défiance à l’égard des institutions s’est installée dans bien des esprits, et parfois pas sans fondement, il faut le reconnaître. Ces institutions qui sont censées nous tenir ensemble, garantir notre cohésion, sont aujourd’hui délégitimées.

Parce que l’on doute de la parole et de l’action politiques. Parce que les politiques publiques semblent compliquées et faites pour d’autres. Parce que chacun, à des degrés divers, a eu affaire à une administration qui avait négligé l’humain du fait des procédures. Parce qu’on a l’impression que le monde politique fonctionne en vase clos, loin des préoccupations quotidiennes des citoyens.

Ces situations et représentations banales rongent la société française. Nous devons nous attaquer à chacune, sans attendre.

Contre le discrédit de la parole politique, nous devons poser des actes. Un seul exemple : la République. Elle est invoquée, convoquée, à chaque discours, chaque prise de parole, et quel que soit le camp qui parle.

Au final de quoi parle-t-on ? Nos principes fondamentaux : liberté, égalité, fraternité, auxquels on pourrait ajouter laïcité, s’en trouvent-ils renforcés ?

La République a besoin de contenu et de réalité. Il faut dire plus clairement quelle République nous voulons, ce que nous entendons par égalité, ce qu’implique la laïcité. Et cela doit se traduire concrètement.

C’est ainsi qu’après les attentats de janvier, le Premier Ministre a réuni le Gouvernement sous le signe de l’égalité et de la citoyenneté avec pour exigence de se fixer un programme d’action.

Ce programme d’action est évalué et nous faisons un point tous les 6 mois pour voir ce qui avance et ce qui coince. Les mesures qu’il comporte sont des mesures qui ont directement à voir avec la vie de nos concitoyens, en particulier ceux qui vivent dans les quartiers prioritaires : Moyens de l’éducation renforcés, crédits aux associations augmentés, soutien aux médias de proximité, aide à la maîtrise de la langue, encouragement à la pratique sportive des jeunes filles…

Contre le sentiment que les politiques publiques ne s’adressent pas à nous, nous devons promouvoir leur universalité. Nous avons trop segmenté, trop sophistiqué, les dispositifs publics. Ils sont devenus pour une part illisibles. Je plaide pour rationaliser ces dispositifs, notamment pour ce qui relève de mes responsabilités, ceux qui s’adressent à la jeunesse.

J’aimerais que sur quelques piliers essentiels pour bâtir sa vie – je pense à l’emploi, au logement, à la santé, à la mobilité, à la citoyenneté –, on puisse proposer à la jeunesse des réponses uniques, simples, efficaces. C’est le sens de la généralisation du service civique et de la mise en place d’une caution locative pour les étudiants.

Faire simple… oui, l’action publique en a besoin. Nous devons repenser les relations entre l’administration et les citoyens. Trop de procédures, trop de papier, ont fini par perdre les citoyens et par noyer les agents publics.

Dans l’intérêt de tous, nous avons engagé un « choc de simplification » qui se poursuit et qui s’étend. Avec des règles simples comme celle qui consiste à dire que si l’administration ne répond pas, cela ne signifie plus un refus mais une acceptation. Ça change complètement la donne.

Dans cette logique, nous faciliterons considérablement l’accès à l’information des jeunes en 2016, notamment avec la mise en place d’une "Boussole des droits", outil numérique unique dédié à la jeunesse et à ses problématiques.

J’aimerais également que les différents réseaux coopèrent davantage pour informer et accompagner les jeunes dans leurs démarches.

Autre enjeu démocratique : associer les citoyens aux décisions qui les concernent. C’est vrai dans tous les domaines. Pour la politique de la ville, les habitants sont désormais systématiquement impliqués par le biais des conseils citoyens et des maisons du projet. C’est une réponse concrète à l’interpellation légitime : « pas sans nous ».

Alors que le Gouvernement s’apprête à déposer au Conseil d’Etat le projet de loi que j’évoquais précédemment à propos des discriminations, et qui comportera aussi un volet « jeunesse », je veux consulter cette jeunesse et lui offrir la possibilité de donner son avis et ses propositions.

Aussi, je lancerai au mois de février une grande consultation numérique pour recueillir la parole citoyenne avant que le projet ne soit soumis au Parlement.

Enfin, pour ce qui concerne le défi démocratique, nous devons faire le nécessaire pour que nos concitoyens n’aient pas le sentiment que les élus se préoccupent plus de leur propre sort que du leur.

Une grande loi, déjà remise en cause par la Droite alors qu’elle n’est même pas encore entrée en vigueur, a été adoptée en début de quinquennat : le non-cumul des mandats.

L’étape suivante est pour moi claire : il s’agit du non-cumul dans le temps. Nous devons envoyer ce signal que la politique, ce n’est pas un monde à part, et que les jeunes notamment y ont toute leur place.

Parallèlement, et à la demande du Président, je travaille à susciter une véritable culture de l’engagement. Car la démocratie, ce n’est pas que le vote et les responsabilités politiques. Ce n’est pas Nadia Bellaoui, la Présidente du Mouvement associatif qui me contredira. 16 millions de bénévoles font vivre cette démocratie au quotidien et c’est une richesse exceptionnelle pour la France.

Pour favoriser ce goût de l’engagement, nous construisons une fusée à 4 étages :
-  300 heures d’éducation morale et civique tout au long de la scolarité
-  Une journée « défense citoyenneté » que nous pourrions rénover et étendre. J’aimerais à travers une semaine citoyenne offrir à chaque génération une grande expérience civique qui ouvre sur la majorité.
-  Troisième étage : le service civique. Il sera généralisé, c’est-à-dire que nous mettons les moyens en œuvre pour que 350 000 jeunes, une demi-génération puisse y accéder fin 2018.
-  Dernier étage : la réserve citoyenne, c’est-à-dire la possibilité donnée à chaque citoyen quel que soit son âge de mettre ses compétences et son énergie à disposition d’un service public, d’une administration, quelques heures dans l’année et en fonction des besoins sociaux.

Nous valoriserons ce parcours grâce à un livret citoyen. Je suis certain que les employeurs y seront sensibles.

La création de ce parcours en quatre étapes, notre soutien à la vie associative – financier et en termes de simplification –, la valorisation de l’innovation sociale avec la démarche présidentielle La France s’engage : tout cela dessine un projet global cohérent pour une société fraternelle.

Je vous invite d’ailleurs ce week-end, de l’autre côté de la place de la République, – je m’excuse auprès du Maire du 10è, Rémi Féraud – dans le 3è arrondissement, au Carreau du temple, pour un grand forum de l’engagement. Le mouvement associatif, les lauréats de la France s’engage, l’agence du service civique, seront présents avec des artistes, des sportifs, des citoyens tout simplement. Quelques responsables politiques mais cela n’attire plus les foules… La plupart d’entre-vous sont déjà très engagés, je le sais, mais venez partager votre engagement et découvrir comment d’autres s’engagent.

Troisième défi : le défi moral. Ce défi, je n’aurais jamais crû dans ma vie politique devoir le relever. L’histoire en a décidé autrement, comme quoi les conservateurs américains qui ont pronostiqué sa fin, se sont bien trompés…

Ce défi, c’est le plus fondamental, le plus impérieux, c’est celui qui consiste à célébrer la vie.

Oui, aujourd’hui, l’histoire du monde a pris un nouveau cours sous l’impulsion d’une idéologie morbide qui nous oblige à rappeler que la vie est précieuse, qu’elle doit être protégée, préservée, respectée.

Je me suis rendu deux fois dans la cour des Invalides. La première, ce fut pour rendre hommage à un homme qui m’a tant appris : Pierre Mauroy. La seconde, ce fut pour pleurer la mort de cette jeunesse pleine de vie, que la folie de quelques hommes avait arraché à leur destin.

La perte de Pierre Mauroy fut douloureuse, mais elle était dans l’ordre des choses.

La mort de ces martyrs fut insupportable car elle n’avait aucun sens.

Cette tristesse me donne de la force. De la force pour éviter à tout prix que dans la jeunesse de France, certains se fassent tuer parce que d’autres sont prêts à tuer.

Je veux lutter de toute mon énergie contre la radicalisation des esprits. Je veux lutter de toute mon énergie pour que la jeunesse de France puisse continuer à faire la fête en toute quiétude au Point Ephémère qui nous accueille aujourd’hui.

Il a fallu face à des actes terribles apporter une réponse sécuritaire. C’était l’urgence, c’était l’impératif.

Mais après ce « traitement de choc », je veux pour ma part apporter un « traitement de fond », éducatif et social, pour ramener toute la jeunesse dans le giron de la vie et des principes de la République.

Pour cela, je ne vois qu’une seule solution : ne laisser aucun enfant livré à lui-même. Il faut plus d’adultes bienveillants, à tous les moments de la semaine et de la journée, dans tous les espaces, physiques et numériques, pour que nos enfants ne tombent pas entre les mains de prédateurs.

Nous finançons le recrutement d’éducateurs sportifs, nous restaurons les crédits aux associations qui avaient été supprimés entre 2008 et 2012, nous discutons avec le secteur associatif pour que dans les moments où le service public est en retrait, d’autres adultes puissent être là.

Le secteur associatif, les réseaux de l’éducation populaire, les clubs sportifs, en renfort du service public, de l’école notamment, doivent être soutenus pour irriguer l’ensemble des territoires et apporter, par leur présence, un cadre et des repères aux enfants et aux adolescents.

C’est cela que je vous propose pour 2016. Pas des vœux sympathiques mais souvent abstraits, pas des incantations ou de bonnes résolutions : un plan d’action. Car l’époque nous impose d’agir. Où que nous soyons, quelle que soient nos responsabilités, nous avons le devoir d’agir.

J’ai fait la critique du monde politique. Mais je veux aussi dire que les élus, ce sont des personnes qui se donnent corps et âmes au service de l’intérêt général, souvent au détriment de leur vie privée, de leurs proches.

Alors, se défausser sur eux, c’est à la fois une faute et une erreur. Une faute car c’est injuste. Une erreur car les élus seuls ne pourront pas relever les défis que j’ai évoqués.

C’est une mobilisation générale de la société, une mobilisation citoyenne qui est indispensable.

Alors que se développe le mépris, le mépris de la vie, le mépris de l’autre, le mépris de ceux d’en bas, chacun a sa part de responsabilité dans notre capacité à redéfinir ce qui nous est commun.

Car au final, c’est bien cela l’enjeu : nous devons retrouver le sens commun et le sens du commun.

Je suis convaincu que le sport peut être l’une des expériences partagées qui nous y aidera. Toute la France a encore en tête la coupe du monde de 98. Je vous donne un nouveau rendez-vous du 10 juin au 10 juillet pour un grand moment d’unité et de ferveur autour de l’Euro 2016.

Je voudrais aussi que la nation se rassemble pour porter haut notre candidature aux Jeux Olympiques de 2024. C’est en 2017 que la décision sera rendue, et c’est donc en 2016 qu’il faut construire notre victoire commune.

Et attendant, je souhaite une très bonne année à vous tous.